Découverte d’un dessin unique issu de l’atelier de Rubens à Lierre (Lier)

Mardi 4 septembre 2018 — Une équipe de chercheurs de la Bibliothèque royale de Belgique et du Rubenianum a découvert, dans la collection du musée de la ville de Lierre, un dessin unique provenant de l’atelier de Rubens. Le dessin est l’un des rares témoins d’un tableau, perdu, d’Isabelle d’Este (1474-1539) peint par Rubens.

Découverte exceptionnelle

Le dessin représentant Isabelle d’Este fut découvert lors d’une visite de travail du musée de Lierre dans le cadre d’un projet de recherche commun entre la Bibliothèque royale de Belgique et le Rubenianum, le centre de recherche de l’art flamand des XVIe et XVIIe siècles d’Anvers. Ensemble, ils ont récemment établi une liste de dessins du XVIIe siècle susceptibles d’intégrer la liste des chefs-d’œuvre (Topstukkenlijst) en Flandre.

 

« Il est tout à fait exceptionnel de trouver, dans le cadre d’un tel projet, un dessin inconnu de l’atelier de Rubens. Cette découverte constitue, en outre, un complément inattendu pour les auteurs du Corpus Rubenianum Ludwig Burchard, le catalogue complet de l’œuvre du maître du baroque, corpus dont la publication est prévue dans un avenir relativement proche. »

- Bert Schepers, Senior Editor Corpus Rubenianum Ludwig Burchard auprès du Centre Rubenianum

 

Une première pour le musée de la ville de Lierre

C’est dans les collections de ce nouveau musée, qui sera officiellement inauguré le 29 septembre prochain, qu’un dessin exceptionnel du XVIIe siècle représentant le portrait d’Isabelle d’Este (1474-1539) a été découvert. Ce dessin (ill. 1) est l’un des rares témoins d’un tableau, perdu, de cette marquise italienne, peint par Rubens (1577-1640) et conservé par l’artiste jusqu’à sa mort. Le dessin confectionné vers 1618/19 dans l’atelier du maître, a servi de préparation à la réalisation d’une estampe gravée par Lucas Vorsterman (1595/96-1674/75).

Issu de l’atelier de Rubens

Le dessin du portrait a été gravé à l’envers par le talentueux graveur Lucas Vorsterman (ill. 2) qui est probablement aussi l’auteur du dessin préparatoire.

 

“Les dessins de la main de Lucas Vorsterman ont rarement été conservés et sont réalisés dans différentes techniques. Il utilisait souvent des dessins préparatoires fournis par d’autres artistes comme le jeune Antoine van Dyck (1599-1641).”

- Sarah Van Ooteghem, assistant conservateur auprès du Cabinet des Estampes de la Bibliothèque royale de Belgique

 

Vorsterman a été le premier graveur employé par Rubens dans son atelier lorsque, dès 1619, celui-ci acquiert la possibilité de diffuser ses tableaux, à l’échelle internationale, sous forme de gravures, grâce à plusieurs « privilèges » (sorte de copyright qui protégeait les estampes de la contrefaçon pendant une période limitée sur le plan juridique). Rubens supervisait la production des estampes réalisées d’après ses œuvres et apportait des réajustements si nécessaire.

Un portrait iconique

Le tableau perdu de Rubens, copie du célèbre portrait d’Isabelle d’Este, épouse du marquis de Mantoue, François II de Gonzague, réalisé par le Titien, peut être considéré comme un hommage artistique au maître de la Renaissance (ill. 3). Il est probable que Rubens ait vu l’original du Titien vers 1605 à Mantoue où il exerçait ses activités à la cour de la famille de Gonzague.

Une provenance particulière

Un dessin préparatoire très semblable, réalisé pour un portrait gravé de Charles Quint et également basé sur un tableau de Rubens (The Viscount Mountgarret collection) d’après un chef-d’œuvre perdu du Titien, a été signalé sur le marché de l’art pour la dernière fois en Allemagne (1980) (ill. 4). À partir de ce dessin, exécuté selon la même technique et aux dimensions pratiquement identiques, Vorsterman a également réalisé une gravure. Les deux gravures sont considérées comme le pendant l’une de l’autre. Les dessins préparatoires partagent aussi la même provenance. Ils se trouvaient déjà très tôt – en même temps que de nombreux autres modelli pour des estampes de Rubens – dans la collection du banquier Everhard Jabach (1618-1695) de Cologne, un des plus fins amateurs d’art de l’époque. Jabach a vendu la majeure partie de sa collection d’œuvres d’art à Louis XIV, mais il aurait gardé quelques-uns de ses plus beaux dessins, dont les portraits d’Isabelle d’Este et de Charles Quint.

 

“Pour le musée de la ville de Lierre, il s'agit d'une excellente nouvelle. Du coup, notre collection est enrichie d'une œuvre unique que sera certainement mise en évidence lors des prochaines expositions thématiques."

- Rik Verwaest, échevin de la culture de la ville de Lierre

 

“La découverte de ce dessin exceptionnel est le fruit d'une belle collaboration entre des spécialistes du Rubenianum et la Bibliothèque royale de Belgique et confirme l'importance d'un centre de recherche tel que le Rubenianum. Et quelle belle coïncidence que cette découverte ait lieu maintenant, en pleine année du baroque."

- Caroline Bastiaens, échevine de la culture de la ville d'Anvers

Atelier Rubens (attribué à Lucas Vorsterman), Portrait d’Isabelle d’Este,<br/>dessin, Musée de la ville de Lierre
Lucas Vorsterman d’après Pierre Paul Rubens, <br/>Portrait d’Isabelle d’Este, gravure, KBR
Le Titien, Portrait d’Isabelle d’Este, tableau, <br/>Vienne, Kunsthistorisches Museum
Atelier Rubens (attribué à Lucas Vorsterman), Portrait de Charles Quint, <br/>dessin, lieu de conservation inconnu