Une carte postale de James Ensor : acquise par la Bibliothèque royale de Belgique, l’objet se révèle rarissime

Elle témoigne d’une histoire passionnante

Lundi 21 août 2017 — Lorsque la Bibliothèque royale de Belgique achète il y a quelques semaines des œuvres de James Ensor (1860-1949), Pol Bury (1922-2005) et Panamarenko (°1940) à une petite vente publique à Bruxelles, cette estampe d’Ensor ne laisse rien paraître des trésors qu’elle renferme. La pièce, plus exceptionnelle qu’elle ne le semblait au premier abord, se révèle être un rarissime « premier état », édition originale, d’un autoportrait du peintre, comme cela a été dévoilé grâce à l’expertise de la restauratrice.

Petit, jauni et endommagé

Les jours précédant la vente publique, l’estampe Le Pêcheur d’Ostende d’Ensor est montrée au public dans un passe-partout épais, jauni, dans un cadre endommagé. En raison de ses petites dimensions – l’estampe mesure à peine 13,4 sur 9,5 cm –, beaucoup d’amateurs n’y jettent qu’un œil distrait alors que l’expert de la Bibliothèque royale de Belgique soupçonne qu’il s’agit d’une édition originale, très rare, du portrait d’Ensor.

 

« Premier état » rarissime

Vers 1900, Ensor grave son autoportrait à la pointe sèche sur une plaque de cuivre. Il en résulte un portrait en pied où Ensor se représente vêtu comme un vagabond des plages en tenue hivernale, avec bonnet et gros manteau, la face burinée par le rude vent de la mer du Nord, un panier de pêcheur dans la main gauche, le regard porté vers le spectateur, de manière intrusive. Qu’il s’agit d’une édition originale, ce que l’on appelle un “premier état”, devient évident en comparant cette estampe à d’autres reproductions, éditions plus tardives de la même estampe, qui font preuve d’une intervention approfondie sur la plaque par l’artiste lui-même. Le “deuxième état” comprend, notamment, des parties ombrées supplémentaires.

 

L’épaisseur du papier crée (un moment) le doute

Outre la rareté de cette pièce, en tant que premier état de l’œuvre, les rehauts de couleur effectués par James Ensor en personne, rendent cette estampe unique. Pourtant, au moment de retirer l’estampe de son cadre, un vent de panique s’est levé quand il s’est avéré que le papier imprimé semblait d’un calibre assez épais, alors qu’Ensor utilisait habituellement des matériaux plus délicats, comme le papier japon, pour imprimer ses gravures. Dans ce cas-ci, la texture du papier s’apparentait plutôt à celle d’une carte postale. Afin de vérifier l’authenticité du Pêcheur d’Ostende récemment acquis, il a donc été décidé de défaire l’estampe de son ancien encadrement.

“Une restauratrice particulièrement patiente a enlevé au scalpel les fibres de papier qui collaient à l’arrière de l’estampe, ce qui a permis de faire réapparaitre l’adresse de “Madame Emma Lambotte, 28 Rue Louise, Anvers”. C’est ainsi que l’attrayante petite œuvre se métamorphosa soudain en un document personnel, voire intime…” d’après Maarten Bassens, chercheur auprès du Cabinet des Estampes de la Bibliothèque royale de Belgique.

 

Qui est Emma Lambotte ?

Emma Lambotte (1878-1963), écrivaine et peintre liégeoise, a joué un rôle important dans la carrière artistique de James Ensor. Emma découvre l’œuvre d’Ensor à la fin du XIXe siècle et en est totalement fascinée. Elle collectionne non seulement ses tableaux, estampes et dessins, mais elle assure aussi directement et indirectement le développement et la promotion de ses capacités artistiques. Bien que dans leur correspondance, le ton entre Ensor et Lambotte reste toujours très formel, on peut néanmoins parler de liens amicaux étroits ; en 1907 Ensor réalise même son portrait.

 

“De laides cartes postales”

Actuellement, nous ne pouvons que deviner la date à laquelle cette carte postale artistique a été envoyée à Emma Lambotte car elle ne porte aucune date de la poste. Il est toutefois fort probable qu’il s’agisse de septembre 1904. Emma Lambotte demande notamment dans une lettre adressée à l’artiste, le mercredi 7 septembre 1904, si elle peut lui acheter des gravures. Le vendredi 23 septembre, elle fait savoir à Ensor qu’elle a bien reçu les estampes et qu’elle les a longtemps admirées. Elle lui fait toutefois remarquer qu’elle trouve laides les cartes postales que l’artiste utilise pour sa correspondance. Quoiqu’elle termine sa lettre par “J’aime quand même mieux cela que rien !”

 

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Le Pêcheur d’Ostende (verso)
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Le Pêcheur d’Ostende (recto)